Les “vacances” médiacratiques
Cà y est, on peut le dire, les vacances, c’est fini. Pour preuve la rentrée médiatique, riche en évènements, remaniements et nouveautés dans les grilles de programmes radios, TV et presse. Les médias reprennent donc du service, il ne pouvait pas en être autrement pour articles monkeys.
En cette fin de saison estivale, l’heure est donc au bilan. Que s’est il passé cet été dans la médiacratie ? Ou, pour être plus précis : Quels sujets ont été passé sous silence, et au profit de quels sujets ? Petit retour en arrière…
Dès le début du mois de juillet, un évènement qui aurait dû se trouver dans le puzzle de l’information internationale manquait à l’appel, complètement étouffé par le G8 et le fameux “pacte sur l’immigration” de Brice Hortefeux ( qui a fait, a raison, beaucoup d’émules ) ; noyé par la victoire de Nadal sur Federer à Wimbledon ; écrasé par l’adoption du texte sur les 35 heures ; et surtout, SURTOUT : LE sujet dont la France entière a été saturé jusqu’à plus soif, LE sujet qui a été tourné, retourné et analysé dans tous les sens, questions pertinentes et incontournables à l’appui : la sortie du nouvel opus de notre star nationale, j’ai nommé : la femme du président. La pièce du puzzle était pourtant autrement plus importante que ce dernier évènement. Il s’agit du 6ème sommet du D8. D8 ? Me direz vous ? Et oui. Pas d’erreur ni dans la lettre ni dans le chiffre. Créé en 1997 à l’initiative de la Turquie, le rassemblement des “Huit Pays Musulmans en Voie de Développement” réunit : le Bangladesh, la Malaisie, le Nigeria, l’Indonésie, l’Egypte, l’Iran, le Pakistan et la Turquie. La visée principale de ce rassemblement est principalement économique. Ces pays souhaitent, par le biais d’une entraide, devenir dans un futur proche le rassemblement des “Huit Pays Musulmans Développés” et non plus “en Voie de Développement“. La signature d’un accord commercial préférentiel qui a eu lieu lors du cinquième sommet du D8, le 14 mai 2006 à Bali en est la preuve. Cet accord prévoit une réduction par étapes des barrières tarifaires de certains produits pour faciliter les échanges commerciaux entre les membres. Lors de ce 6 ème sommet qui s’est tenu à Kuala Lumpur du 4 au 8 juillet de cette année, il a été question, entre autres, du secréteriat permanent et de la feuille de route de la seconde décennie de coopération économique de 2008 à 2010. C’est lors des échanges concernant ce projet que le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a précisé à ses partenaires qu’il “leur fournirait toute l’énergie dont ils auraient besoin“.
Quelques jours plus tard…On ne parlait que du dopage qui sévissait de nouveaux dans les rangs des
cyclistes du tour de France. Et puis la France et le monde entier se félicitait de l’aboutissement de l’initiative de Nicolas Sarkozy, la très fameuse “Union pour la méditerranée“. Le 13 juillet étaient en effet réunis les dirigeants des pays arabes et d’Israel autour d’une même table, unis par le même projet : la paix. On a pu se féliciter d’apprendre que le président syrien, Bachar al-Assad, se dise prêt à entretenir des relations “normales” avec Israel. Et bien sûr, un accord semblait avoir été trouvé entre la Palestine et Israel. Or il s’avère que deux jours plus tard, le ministre des affaires étrangères palestinien, Riyad al-Maliki ( en photo ci-contre ) faisait les déclarations suivantes : ” La déclaration conjointe, approuvée par l’ensemble des participants, a été en réalité modifiée au dernier moment par l’Elysée, sans l’accord des palestiniens. [...] Les termes de référence parlaient d’une paix juste et globale, basée sur la solution de la terre contre la paix. Toutes les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies y figuraient. Le texte faisait notamment référence à la feuille de route, ainsi qu’à l’initiative de paix arabe. Tout cela était clairement indiqué dans un des paragraphes. Ce que nous disons c’est : Pourquoi les termes de référence ont été totalement annulés ? sur quelle base ? Pour quelles raisons ? Jusqu’à maintenant nous ne savons pas. [...] Ce n’est pas seulement nous, les palestiniens, qui avons été choqués et surpris par le fait qu’à la fin, ce qui nous a été montré n’était pas le véritable texte, qui a cependant été publié.” Au moment des faits, il était donc hors de question pour les palestiniens d’accepter la déclaration. Réponse d’Eric Chevalier, porte-parole du ministère des affaires étrangères sur le sujet : “Les palestiniens pensaient que cela remplaçait une partie du paragraphe alors que nous pensions que cela remplaçait l’ensemble du paragraphe“. C’était donc çà. Depuis, difficile d’obtenir des informations sur l’avancée des choses…Encore une affaire à suivre.
Enfin, le 25 août, la France n’avait qu’un nom à la bouche : Laurence Ferrari. Les débats allaient bon train
avant, pendant et après son tout premier journal de 20h sur TF1, sans doute la chaîne la plus regardée. Pour la “qualité de son information“, sans doute. Cette date était pourtant intéressante pour un autre fait, presque drôle s’il n’était pas affreusement cynique. Pour Saïd Al-Atabeh comme pour 197 autres palestiniens, ce jour a été le premier qu’ils ont passé en hommes libres depuis leur incarcération, celle de Saïd Al-Atabeh datant de 1977. Année au cours de laquelle le jugement ( il fut condamné à une peine de perpétuité ) de ce membre du Front démocratique de Libération de la Palestine pour avoir perpetré une série d’attentats à la bombe qui avait fait un mort et quelques dizaines de blessés dans la région de Tel-Aviv a été bouclé en…un jour. C’est également le dernier jour de liberté pour une dizaine de palestiniens arrêtés comme chaque nuit par la police israelienne mais aussi pour Sahar Vardi. Cette israelienne de 18 ans a en effet été condamnée à 7 ans de réclusion dans la prison de l’armée. Le motif ? L’apposition de sa signature sur une déclaration collective de refus de servir dans l’armée israelienne d’occupation. Cette pacifiste à l’origine de la déclaration a écrit dans une lettre à l’adresse du ministre de la défense de son pays : ” L’époque ensanglantée dans laquelle je vis ( consistant en des assassinats, des agressions et des bombardements ) a pour résultat une augmentation du nombre de victimes dans chaque partie prenante. C’est un cercle vicieux qui émane des faits de violence de la part des deux côtés. Je refuse de prendre part dans ces choix.”
Triste bilan non exhaustif s’il en est. Le constat était déjà impressionant lors des mois de mai et juin. Deux mois au cours desquels le procès du couple Fourniret avait monopolisé toute l’attention des médias au détriment de l’actualité sociale du pays. L’été a lui aussi fait ses preuves avec un lot de sujets parias dans la médiacratie. Et à la rentrée ?



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