Une erreur peut-elle devenir jurisprudence ?

L’article 180 du code civil donne la possibilité à un époux de demander l’annulation de son mariage s’il y a erreur sur la personnalité de son conjoint.

Le Coran ne précise a aucun moment qu’une jeune fille doit être vierge avant son mariage.

Pourquoi évoquer ces deux textes qui n’ont en commun que le dénominatif de “loi” que ceux qui les connaissent leur donnent ? Parce que c’est autour de ces deux textes fondamentaux que se crée la polémique, suite à la décision prise par le juge du TGI de Lille ce 29 mai 2008.

Une femme ment à son fiancé sur sa virginité, sachant sans doute que c’était pour lui une condition sine qua none à leur union. Ce couple de jeunes d’origine maghrebine et de confession musulmane se marie. Lors de la nuit de noce, le jeune marié découvre la vérité et part avec en tête l’idée de faire annuler le mariage. Pourquoi lui a-t-elle menti ? Pourquoi l’obsession de la virginité ? Pourquoi une annulation, et pas un divorce ou le pardon ? Le concours de circonstances et de choix n’est pas bon. C’est dommage. Par contre, qu’un juge se prononce en faveur de cette annulation, c’est grave.

Dès que les politiques, philosophes, religieux, membres d’association, gynécologues, “personnalités”, hommes ou femmes prennent la parole, la polémique enfle un peu plus. Et pour cause, cette affaire fait remonter tous les vieux démons de la France. Tous ces propos aux relents machistes, racistes, anticlaricaux… tout ce que ce pays peut avoir de radical, de honteux, tous les non-dits habituellement enfouis sous la bienséance. Parce que ce sont des enfants d’immigrés, parce qu’ils sont musulmans et parce que la réaction du jeune marié est bel et bien une réaction radicaliste. Plus que tout ce qui fait réagir dans cette histoire ce sont les conséquences que ce jugement peut avoir :

-Les tribunaux vont se remplir d’époux du même genre venus jouir pleinement de ce nouveau droit que le TGI de Lille vient de leur offrir. Aucun juge ne pourra nier que ce cas a fait jurisprudence…

-L’atitude du jeune marié s’en voit légitimée, ce qui est une erreur. Allons plus loin, qui sait ? Peut être que ceux qui, par manque de personnalité ou autre, hésitaient à tomber sous influence religieuse et à avoir cette atitude y verront une autorisation à répudier, exciser, battre ou je ne sais quelle pratique qu’ils justifieront par je ne sais quelle croyance.

-Les jeunes filles quoi qu’il en soit viennent de voir s’envoler leur droit le plus fondamental de disposer de leur corps comme elles l’entendent. Et elles seront sans doute plus nombreuses encore à aller se faire reconstruire l’hymen par un gynécologue véreux ou au contraire embarassé, le tout pour des sommes astronomiques. Ca fait cher la liberté…

-Les gens d’extrêmes droites vont trouver là, on peut leur faire confiance, de quoi alimenter leur discours selon lequel la France doit rester française puisque ce sont “encore” des gens d’origine maghrébine dont il est question.

-Les machos/mysogines se trouvent confortés dans le fait que leurs idées ne sont pas si archaïques que ça, puisque la question n’est posée nulle part dans cette affaire de savoir si lui, le jeune marié, était puceau ou non.

Le fait est que la France n’a jamais été la reine de la parité. Il n’est jamais rare d’entendre : “avoir un travail ou avoir des enfants il faut choisir”, pas rare non plus qu’une fille se demande un jour de beau temps “si je met une mini jupe et que je me fait violer, on pourra dire que je l’ai cherché ?”, ou de se demander quelle est la femme de notre entourage qui est battue… Les résidus de la société machiste et patriarcale sont coriaces et on ne peut qu’attendre patiemment que les choses changent… Mais quand il s’agit de la loi, de la justice, je pense qu’on ne peut pas laisser la législation, ce qui est supposé régir notre pays, prendre cette direction.

Et vous ?

~ par sophiejaninet le juin 1, 2008.

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